Les années 2020 ont été marquées par une montée spectaculaire des conflits armés à travers le monde : le génocide à Gaza, l’invasion en cours de l’Ukraine, les attaques contre le Liban, l’Iran et le Yémen, les bombardements aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite, en Irak, au Qatar, au Koweït, à Bahreïn et à Oman, l’attaque contre le Venezuela, la dévastation continue des guerres au Soudan, au Myanmar et au Congo, ainsi que le récent conflit frontalier entre l’Afghanistan et le Pakistan.
Cette recrudescence de la violence et de la guerre n’est pas une aberration, mais bien une tendance. L’augmentation massive des dépenses militaires à l’échelle mondiale dresse un portrait sombre de l’avenir, où les États semblent de plus en plus enclins à recourir à la force brute pour faire avancer leurs intérêts politiques.
Pour contrer cela, nous devons bâtir un mouvement large contre la guerre et le militarisme. Mais comment les socialistes doivent-ils s’y prendre ?
Clarté théorique
La première chose dont nous avons besoin est une compréhension claire des raisons pour lesquelles le capitalisme engendre la guerre, et pourquoi la classe ouvrière a à la fois le pouvoir et l’intérêt de s’opposer à la marche à la guerre de nos gouvernements.
En tant que marxistes, nous comprenons que l’impérialisme est un système de compétition intercapitaliste entre États rivaux pour le contrôle des ressources, ainsi que pour la domination et l’exploitation des travailleurs et des pauvres. Cette rivalité entre États n’est pas égale et ne prend pas toujours la forme de conflits violents. Elle coexiste également avec des formes de coopération entre États. Cela s’explique par le fait que l’impérialisme est une expression de la concurrence horizontale entre capitaux, projetée sur la scène internationale à travers les États. La guerre actuelle menée contre l’Iran par les États-Unis et Israël ne se déroule pas uniquement sur le plan militaire, mais aussi sur le plan économique — en faisant grimper les prix de l’énergie et en exerçant une pression sur les mécanismes du capitalisme.
Les guerres sont menées entre États (et des acteurs quasi-étatiques). Notre rôle en tant que socialistes n’est pas de soutenir un État ou un autre, mais d’unir la classe ouvrière mondiale dans un projet de libération. Concrètement, cela signifie renforcer la confiance des travailleurs afin qu’ils puissent s’opposer aux guerres et au militarisme de leur propre État. Se concentrer sur le soutien que nos propres classes dirigeantes apportent à la guerre et au militarisme repose sur deux raisons fondamentales.
Premièrement, c’est là où nous pouvons avoir un impact. Lorsque notre classe dirigeante bat les tambours de la guerre, elle le fait au nom de l’intérêt national. Les travailleurs disposent d’un pouvoir matériel réel pour résister à cela vis-à-vis de leur propre État, d’une manière qui n’existe pas vis-à-vis des autres États.
Deuxièmement, il est dans l’intérêt de notre propre classe de s’opposer à la guerre et au militarisme. Chaque dollar dépensé pour des avions de chasse est un dollar qui n’est pas investi dans les hôpitaux, les services de garde ou l’éducation. Malgré les appels au nationalisme, la grande majorité des travailleurs au Canada verraient leurs conditions de vie s’améliorer si les fonds destinés à la guerre étaient redirigés vers les services publics.
Distinguer analyse et agitation
Avoir une analyse claire du capitalisme et de l’impérialisme est essentiel pour les socialistes, mais confondre analyse et agitation représente un véritable danger pour la construction d’un mouvement. Nos actions doivent être guidées par la théorie, tout en étant formulées de manière à rejoindre un large public et à l’inviter à s’engager.
Nous ne pouvons pas construire un mouvement anti-guerre de masse en nous adressant aux gens comme s’ils étaient déjà socialistes. Nous devons distinguer entre analyse et agitation. Les slogans et la propagande que nous utilisons doivent s’adresser à des personnes situées à notre droite — et non à notre gauche. Si notre objectif est d’apparaître comme les plus radicaux, nos slogans mettront de l’avant des termes comme « impérialisme » et « capitalisme monopoliste ». Si notre objectif est de construire un rapport de force capable de faire pression sur notre gouvernement, nous mettrons plutôt de l’avant des slogans comme « des services de garde, pas la guerre ».
Transformer un accord passif en soutien actif
La plupart des gens au Canada, en particulier les travailleurs, s’opposent à la guerre. Les bombardements de l’Iran par les États-Unis et Israël sont très impopulaires au Canada — malgré le fait que notre premier ministre leur ait exprimé son appui. Toutefois, ce sentiment demeure extrêmement passif. Si l’on demande uniquement aux gens de participer à une série infinie de manifestations d’urgence à des moments clés, il est fort probable que la participation diminue et que les gens se démoralisent.
Notre tâche est de trouver des moyens de donner aux gens la confiance nécessaire pour agir en fonction de leurs convictions anti-guerre. Cela signifie proposer des actions accessibles et concrètes, avec un message clair, comme organiser des campagnes d’appels téléphoniques et d’envoi de lettres aux députés, aller dans les événements communautaires ou les rassemblements pour faire signer des pétitions contre la guerre, remettre ces pétitions aux députés locaux, contacter les signataires pour les inviter à d’autres actions, encourager les gens à afficher des messages anti-guerre dans leur quartier ou à porter des macarons, et leur donner les outils pour aborder cette question dans leur milieu communautaire ou religieux.
Notre objectif est de populariser un sentiment anti-guerre. Nous voulons inviter les gens à rejoindre le mouvement afin de renforcer leur confiance et approfondir leur compréhension politique. Nous ne pouvons gagner qu’en construisant un mouvement de masse.
En faire un projet de classe
La section la plus organisée de la classe ouvrière est le mouvement syndical. Il détient le plus grand potentiel de pouvoir et les institutions de classe les mieux dotées en ressources dans le pays. Si nous voulons construire un mouvement de masse contre la guerre et le militarisme au Canada, nous devons gagner les syndicats à ce projet.
Cela ne signifie pas seulement amener les directions syndicales à adopter des positions anti-guerre (bien sûr, c’est souhaitable). Si nous voulons faire avancer une perspective anti-guerre au sein de la classe ouvrière, nous devons aller au-delà de simples déclarations pour construire un projet qui mobilise les membres à l’action. Cela doit venir de la base.
Ce travail ne peut pas être fait de l’extérieur. Les syndicats sont des organisations démocratiques. Des réseaux de syndiqués partageant une perspective anti-guerre doivent discuter avec leurs collègues, leur faire signer des pétitions, établir des liens entre leur réalité quotidienne et l’augmentation des dépenses militaires. Ceux qui sont bien implantés dans leur syndicat ou leur conseil du travail devraient soulever ces enjeux dans les assemblées et chercher à faire adopter des résolutions. Tactiquement, ce travail doit être mené par des personnes ayant des racines solides dans leur milieu syndical.
Actuellement, même les dirigeants et militants syndicaux qui partagent ces idées manquent souvent de confiance pour défendre ces positions. Si les syndicats doivent aller au-delà de simples déclarations, il faut créer les conditions permettant aux directions syndicales de sentir que leurs membres soutiennent réellement l’organisation contre la guerre.
Lorsque les travailleurs sont organisés à la base, ils peuvent exercer leur pouvoir dans les milieux de travail. En tant que classe, ils ont la capacité d’imposer des changements à la classe dirigeante sur de nombreuses questions, y compris celles liées à la guerre et aux dépenses militaires. Mais cela ne peut se produire que si les travailleurs eux-mêmes passent à l’action. Il n’existe aucun substitut au pouvoir des travailleurs.
Construire de véritables fronts unis
Un mouvement anti-guerre de masse ne peut pas être l’affaire d’une seule organisation, ni même d’un petit groupe. Il doit nécessairement prendre la forme d’un front uni rassemblant une grande diversité d’organisations ayant un poids social réel — et non une simple addition de petits groupes marginaux. Un front uni regroupant syndicats, groupes religieux, organisations de défense des droits humains et autres acteurs de la société civile autour d’un ensemble limité de revendications contre la guerre et le militarisme sera indispensable.
Cela ne signifie pas que les socialistes doivent taire leurs idées. Tout mouvement vivant est traversé par des débats sur les perspectives, les stratégies et les tactiques. Cela signifie simplement que les socialistes doivent chercher à construire un mouvement capable de rassembler le plus grand nombre possible. Lorsque les gens sont actifs et engagés, ils ont plus de chances de développer leur conscience politique et leur confiance — ce qui renforce l’ensemble de la gauche.
Nous faisons face à un ordre international de plus en plus violent et imprévisible. Si la gauche veut transformer le monde, elle devra construire des mouvements de masse capables de s’opposer à la guerre et au militarisme.
Did you like this article? Help us produce more like it by donating $1, $2, or $5. Donate

